ADIL on PHOTOGRAPHIE.COM

Huit photographes, 100 images, quatre expositions, tel est le résumé du projet de crowdfunding Almost Dawn in Libya (Il fait presque jour en Libye, ADIL) initié par le photographe André Liohn. Réunissant le travail de Lynsey Addario, Eric Bouvet, Bryan Denton, Christopher Morris, Jehad Nga, Finbarr O’Reilly, Paolo Pellegrin et André Liohn, ce projet vise à contribuer à la réconciliation du peuple libyen après la sanglante guerre qui a mis fin au règne de Mouammar Kadhafi.

Dans cette interview, André Liohn nous raconte la genèse d’une idée inédite…

“En tant que photojournaliste, j’ai assisté à de nombreux événements importants de la révolution libyenne. J’ai vu ce qui s’est passé à Misrata ou à Sirte, j’ai vu la violence et la façon dont les civiles utilisaient leurs armes. (…) Après la mort de Kadhafi et la fin de la révolution, je suis rentré chez moi et je me suis posé la question : “Et maintenant, qu’est ce qui va se passer ?” L’idée m’est ainsi venue de partager avec les Libyens ce que j’avais vu, et faire en sorte que mon travail, dont les médias n’avaient déjà plus besoin, ne soit pas oublié.”

Prenant la forme de quatre expositions organisées dans les villes de Benghazi, Misrata, Tripoli et Zintan, le projet tente d’encourager les différents groupes à surmonter leurs divisions. “Pendant la guerre, les gens étaient isolés les uns des autres, et chaque groupe pense s’être battu, ou avoir souffert plus que les autres. Les photographies que nous présentons reflètent toute la Libye, sans distinction géographique, sociale ou culturelle, et elles ne sont qu’un prétexte pour un débat qui est plus que jamais nécessaire.”

“Notre objectif n’est pas d’aller en Libye, montrer nos photos et dire aux gens : ‘Réconciliez-vous !’ Nous voulons simplement utiliser la photographie comme un outil de communication. Il y a actuellement en Libye énormément de gens qui ont quelque chose à dire, il y a des avocats, des enseignants, des simples citoyens qui ont besoin d’une voix. Nous pensons que ces expositions peuvent devenir un prétexte pour une discussion constructive.”

Pour André Liohn, les images prises par les citoyens à l’aide des téléphones portables ont joué un rôle essentiel pendant les révolutions du printemps arabe. “Mais ces images qui ont servi à ressembler les peuples, risquent maintenant de les diviser,” explique le photographe. “Maintenant que la guerre est finie, personne n’est plus là pour assumer ces images. Il est impossible de savoir dans quel contexte elles ont été prises, qui est l’auteur, ce qu’elles montrent réellement. Nous, les membres du Collectif ADIL, pouvons répondre à ces questions, puisque nous sommes responsables de nos images.”

Même si la communication visuelle a déjà été utilisée dans le processus de réconciliation dans des pays comme l’Afrique du Sud ou le Peru, et que les institutions locales libyennes se montrent très ouvertes à l’idée, ce genre de projet reste très difficile à financer, explique le photographe. “Je m’attendais à ce que les groupes de presse, qui ont gagné beaucoup d’argent pendant le printemps arabe, nous aident plus. Je reste convaincu que l’ADIL soulève énormément de questions, et j’espère qu’il sera le point de départ d’une vision beaucoup plus ambitieuse.”

Propos recueillis par Roxana Traista.

Pour plus d’informations et pour soutenir ce projet, rendez-vous sur : emphas.is

photographie.com

ADIL – ALMOST DAWN IN LIBYA PROJECT